â Je nâai pas dâhistoire. De la mĂȘme façon que je nâai pas de vie. Mon histoire, elle est pulvĂ©risĂ©e chaque jour, Ă chaque seconde de chaque jour, par le prĂ©sent de la vie, et je nâai aucune possibilitĂ© dâapercevoir clairement ce quâon appelle ainsi: sa vie. Seule la pensĂ©e de la mort me rassemble ou lâamour de cet homme et de mon enfant. Jâai toujours vĂ©cu comme si je nâavais aucune possibilitĂ© de mâapprocher dâun modĂšle quelconque de lâexistence. â
â«ïž Ă 70 ans, Duras se retourne sur sa vie et sây dĂ©ploie sans contrainte. Plus quâun rĂ©cit ordonnĂ©, câest, au fil des souvenirs, une traversĂ©e libre : sans chronologie ni logique apparente, une parole qui Ă©pouse ses propres dĂ©tours. Tous les thĂšmes chers Ă Duras surgissent : lâamour, le dĂ©sir, la sexualitĂ©, la condition des femmes, mais aussi les hommes, le théùtre, les lieux de vie, lâĂ©criture avec, en filigrane, la prĂ©sence constante de lâalcool, Ă la fois refuge et vertige. Elle parle dâelle, bien sĂ»r, mais Ă travers ce « elle » se dessine une expĂ©rience plus vaste, presque universelle. Ce nâest pas un livre que lâon suit, mais un texte dans lequel on entre : une parole vive, vibrante, qui saisit quelque chose de profondĂ©ment humain et donne envie de revenir Ă son Ćuvre.
â«ïžCoup de â„ïž pour ce texte dans lequel Duras dĂ©fait les fils qui la relient au monde : rapports entre les sexes, sexualitĂ©, enfance, Ă©criture. Elle y dĂ©ploie ses obsessions, ses peurs, ses convictions, dans un mouvement libre oĂč se mĂȘlent le trivial et lâessentiel, le quotidien vacillant et les Ă©lans de la crĂ©ation. Elle sây montre entiĂšre, parfois fragile, aux prises avec elle-mĂȘme autant quâavec la vie, un pied de nez Ă toute bien-pensance confortable. On croise ses livres, ses souvenirs, des fragments plus intimes, jusquâaux failles et aux dĂ©pendances. Peu Ă peu, lâimage se fissure : elle apparaĂźt Ă la fois puissante et vulnĂ©rable, dâune complexitĂ© plus nue. Et câest prĂ©cisĂ©ment dans cette sincĂ©ritĂ© brute, presque dĂ©sarmante, que le texte touche parce quâil nous renvoie, sans dĂ©tour, Ă nos propres questions.
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