Quand il était en prison en Biélorussie, Andreï Krylou, ingénieur de 63 ans, arborait ce badge jaune sur sa chemise. C’est à cela que les geôliers reconnaissent les prisonniers politiques, considérés par le régime de Minsk comme des « extrémistes ». « Pour moi, ce badge représente les cinq années de ma vie que l’on m’a volées », dit-il.
Outre le millier de détenus politiques identifiés comme tels, des centaines d’autres, arrêtés eux aussi pour des motifs politiques, croupissent en prison sans pouvoir être répertoriés. Le régime de Loukachenko fait tout pour qu’ils restent cachés, tout en poursuivant les arrestations massives. Rien que cet été, plusieurs centaines de citoyens ont été incarcérés pour avoir fourni des informations au projet pro-ukrainien Belarusian Hajun, qui surveillait les opérations militaires des troupes russes déployées en Biélorussie, alliée de Moscou.
Aujourd’hui, c’est essentiellement grâce aux témoignages des détenus relâchés que certains prisonniers politiques cachés peuvent être identifiés. Ceux qui ont accepté de répondre au
@lemondefr en Lituanie, où ils ont été expulsés après leur libération, espèrent aider ces hommes et ces femmes — condamnés pour leur soutien à l’Ukraine ou un « like » sur internet — à sortir de l’ombre.
Les photos 1 et 3 sont signées
@pkritchko
Photo 1, Andreï Krylou, relâché en septembre après presque cinq ans de détention. Il a choisi de témoigner à visage découvert malgré les risques.
Photo 2, le badge jaune qu’il portait en prison.
Photo 3, « Kastus » (prénom d’emprunt pour des raisons de sécurité), ex-prisonnier politique de 45 ans, condamné à cinq ans pour un commentaire sur les réseaux sociaux, et relâché peu avant la fin de sa peine contre une levée des sanctions américaines.
Photo 4 : vidéo envoyée par Andreï Krylou pour Noël, dans laquelle il souhaite « le bien et le bonheur ». Son écharpe, dont les couleurs symbolisent le combat pour la démocratie en Biélorussie, lui vaudrait d’être aussitôt arrêté dans son pays.
Le reportage sur les prisonniers politiques de l’ombre en Biélorussie est à retrouver dans
@lemondefr
Avec
@pkritchko et Veranika Vihouskaya
#Belarus #Ukraine #Lituanie