SONGS OF PASSION
Un immense plaisir de travailler avec Lea Desandre et Thomas Dunford pour Songs of Passion.
Merci à Barbara Loison pour le stylisme, à mes assistants Camille et Alexandre, et à Cicci pour la beauté.
En regardant la surface de l’eau de Phase of Nothingness – Water de Nobue Sekine, exposée à la Bourse du Commerce, je me suis souvenu à quel point j’avais aimé, jeune étudiant, le travail des minimalistes japonais, et à quel point il avait nourri en profondeur tout ce que je cherchais en photographie : la sensibilité de la surface imprimée.
J’ai passé une année à chercher ce papier, celui qui pourrait disparaître, se fondre au mur, sans encadrement ni passe-partout. J’ai compris bien plus tard qu’il s’agissait d’un papier gampi, utilisé pour réparer les livres, l’un des trois papiers japonais classés au patrimoine. Il est fabriqué verticalement, à partir du merisier sauvage. Un papier aussi fin que celui qui sert à rouler des cigarettes, quinze grammes à peine.
J’ai réussi à en trouver le plus grand format, quatre-vingt-quinze centimètres de large, et il m’a fallu encore beaucoup de temps pour comprendre comment l’imprimer, puis comment le coller et le décoller à même les murs lors de mes expositions. Solide, mais fragile dès qu’il est humide, je peux le repositionner et le réexposer grâce à la vapeur d’eau, et chaque pli ou déchirure devient unique.
Peu de collectionneurs ont pris le risque d’en acquérir, par peur du déménagement ou du déplacement de leur collection.
J’ai eu récemment des nouvelles d’un petit tirage, trente par quarante, d’un portrait d’Océane, que j’avais collé moi-même à Bruxelles. Le propriétaire a repeint toute la pièce autour du papier, sans jamais le décoller, le laissant là, comme une fresque. Cela a été le plus beau compliment que l’on ait pu faire à cette partie de mon travail.
BOUTON D’OR
Cette image a dix ans. Elle a donné son titre à mon exposition au CRP de Douchy-les-Mines, dernier village communiste du Nord. Bouton d’or, comme les fleurs qui poussent sur les terrils.
Je revenais d’un long voyage: le Cameroun, le Darién entre la Colombie et le Panama, puis les îles San Blas, dans la tribu amérindienne Kuna. Je cherchais des modèles qui ne pouvaient pas être exposés à la lumière, moi qui travaille avec la lumière.
Kimi était une jeune fille russe, à Paris pour des castings. Elle est venue dans mon atelier du 20e. Elle ne parvenait pas à ouvrir les yeux. Je l’ai placée devant un jaune insondable, une feuille d’or, comme celles qu’utilisaient les primitifs.
Image retrouvée dans le beau livre de Florence Müller, MODE-RNES aux éditions Naïve.
Tout est revenu : la chaleur de Rome en été, la présence de Monsieur Capucci, pionnier de la mode italienne depuis les années cinquante. Cette année-là, Bernhard Willhelm, nouveau directeur artistique de la maison, apportait ses couleurs aux formes inclassables.
La Villa Médicis nous avait été ouverte par Richard Peduzzi, alors directeur de l’Académie de France.
Pas de coiffeur, pas de maquilleur, une simplicité qu’un magazine anglais comme Dazed pouvait accepter. Pacôme, mon ami et assistant, était là.
Tout fut photographié en 24x36, sans pied, à main levée, dans les couleurs argentiques d’Eastmancolor.
Souvenir intact.
Photographie pour Dazed and Confused
Stylisme Cathy Edwards ✨
Modèle Eliana Weirich
Merci !
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