Son travail est longtemps resté confidentiel. Sur la scène française dominée dans les années 1960 par d’autres courants, le corps et l’individu demeurent au second plan. Quand il émerge, dans les limbes du désir, c’est plutôt pour donner la parole au regard masculin. Son fils Piotr, aidé de la galerie Loevenbruck, aura toutefois œuvré à sa reconnaissance. Et vous avez bien dû croiser l’une de ses œuvres dans les collections Pinault. « L’authenticité, la profondeur aussi bien que l’ironie, l’élaboration de nouvelles formes et approches de l’intime qui caractérisent l’œuvre d’Alina Szapocznikow sont d’une contemporanéité qui trouve un écho en chacun d’entre nous et chez nombre d’artistes aujourd’hui » lit-on dans le catalogue de l’exposition de Grenoble. Peut-être fallait-il attendre quelques décennies pour que soient compris ses visages en lévitation aux bouches orangées, ses pointes de seins rosés se muant parfois en ailes, ses ventres plissés en marbre blanc d’une beauté sulfureuse. Beauté convulsive, dirait André Breton. Son dialogue à elle se tient avec le corps, qu’elle moule d’abord, qu’elle morcelle aussi – en ventres, en bouches, en seins, en jambes – et qu’elle fétichise dans un érotisme radical, parfois même agressif et ça me plaît, cette honnêteté qui ne joue pas à la mijaurée. Alina Szapocznikow sculpte la pierre, façonne le plâtre et la terre, découvre le polyuréthane et la résine de polyester, intègre la photographie : tout pour laisser une empreinte, une trace de la mémoire. Pierre Restany a dit : « la vie, Alina l’aimait, totalement, sans restriction mentale. Elle l’aimait, de la tête et du cœur, dans la plénitude sensuelle du corps, de son corps de femme. »
@loevenbruck_rv me parle d’une œuvre « vraie », belle entre autres parce que réelle, passant par tous les stades de la vie, de la douleur au plaisir, l’amour la joie et la souffrance, la mort même, enfin tout comme elle, celle qui a vécu tous les maux qu’une femme peut vivre au XXe siècle mais souriait toujours. Tu sais ce qu’il te reste à faire si tu passes par Grenoble avant le 4 janvier.
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