Enchanté(e), la veste.
À tous ceux qui hésitent devant un miroir chez @balibaris … Quelqu’un attend peut-être le bon prétexte pour vous rencontrer.
Collaboration commerciale.
“Le jour pousse la nuit,
Et la nuit sombre
Pousse le jour qui luit
D’une obscure ombre.
L’Autonne suit l’Esté,
Et l’aspre rage
Des vents n’a point esté
Apres l’orage.
Mais la fièvre d’amours
Qui me tourmente,
Demeure en moy tousjours,
Et ne s’alente.
Ce n’estoit pas moy, Dieu,
Qu’il falloit poindre,
Ta fleche en autre lieu
Se devoit joindre.
Poursuy les paresseux
Et les amuse,
Mais non pas moy, ne ceux
Qu’aime la Muse.
Helas, delivre moy
De ceste dure,
Qui plus rit, quand d’esmoy
Voit que j’endure.
Redonne la clarté
A mes tenebres,
Remets en liberté
Mes jours funebres.
Amour sois le support
De ma pensée,
Et guide à meilleur port
Ma nef cassée.
Tant plus je suis criant
Plus me reboute,
Plus je la suis priant
Et moins m’escoute.
Ne ma palle couleur
D’amour blesmie
N’a esmeu à douleur
Mon ennemie.
Ne sonner à son huis
De ma guiterre,
Ny pour elle les nuis
Dormir à terre.
Plus cruel n’est l’effort
De l’eau mutine
Qu’elle, lors que plus fort
Le vent s’obstine.
Ell’ s’arme en sa beauté,
Et si ne pense
Voir de sa cruauté
La récompense.
Monstre toy le veinqueur,
Et d’elle enflame
Pour exemple le coeur
De telle flame,
Qui la soeur alluma
Trop indiscrete,
Et d’ardeur consuma
La Royne en Crete.”
Pierre de Ronsard, Les Odes
Quand j’ étais petit, mes parents m’adoraient et surtout ma grand-mère.
J’étais déjà comme je suis, naturellement, moi, je savais pas. Je veux dire je savais pas la différence qu’il y avait avec les autres.
La bosse, c’est traître : ça vous vient par derrière, on la voit pas. Chez les paysans, il y a pas d’armoire à glace. On se voit que dans les yeux de sa mère, naturellement, on s’y voit beau.
Un jour, un voisin qui était très gentil m’a dit : « Oh, le joli petit bossu ! »
Alors j’ai demandé à ma grand-mère: « Qu’est-ce que c’est un bossu? »
Alors elle m’a dit : c’est vrai que tu es un joli petit bossu parce que tu as un peu le dos rond. C’est parce que tu es pas comme les autres qu’on t’aime beaucoup.
Alors elle m’a chanté une vieille chanson. Je me rappelle pas la musique, mais les paroles ça disait comme ça
« Un rêve m’a dit une chose étrange. Un secret de Dieu qu’on n’a jamais su. Les petits bossus sont de petits anges qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. Voilà le secret des petits bossus. »
C’est joli, mais c’est pas vrai.
Moi je l’ai cru jusqu’à dix ans. Je croyais que les ailes me pousseraient. Et souvent ma grand-mère me chantait la chanson qui était beaucoup plus longue que ça.
Seulement, les grands-mères, c’est comme les mimosas : c’est doux et c’est frais, mais c’est fragile. Un matin, elle n’était plus là.
Une bosse et une grand-mère, cela va très bien. On peut chanter. Mais un petit bossu qui a perdu sa grand-mère, c’est un bossu tout court. »
Marcel Pagnol, « Naïs », 1945.