Il y a cinq ans, j'ai commencé à écrire un livre sur l'amour. Pas sur le sentiment, mais sur la puissance — sur ce que l'amour fait au monde, et ce que le monde fait à l'amour.
L'amour n'est pas une émotion parmi d'autres, mais une puissance capable d'introduire dans le réel quelque chose de radicalement nouveau — transformant à la fois le monde et ceux qui l'habitent. Il a été au cœur de l'institution sociale par excellence, la famille, et de l'ensemble des pratiques qui façonnent la réalité matérielle : l'économie. Il a aussi été la cause et la forme de certaines des injustices les plus profondes que la modernité a engendrées.
C'est seulement en repensant, ensemble et autrement, le lien entre l'amour et l'économie que nous pourrons commencer à imaginer d'autres manières d'habiter le monde.
Avec l'invention du mariage entre personnes de même sexe, l'autonomie réciproque de deux expériences — aimer et procréer — a été affirmée pour la première fois dans l'histoire. Deux expériences que la tradition avait toujours jugées inséparables, voire indiscernables. Cette séparation a libéré l'amour et la famille des liens généalogiques, ouvrant la voie à une réinvention de leur rapport à l'économie.
Que devient alors le travail, s'il ne suppose plus l'aliénation ni le contact forcé avec ceux que nous n'avons pas choisis — mais s'il devient une forme d'appartenance, un lien à la fois électif, affectif et productif ? Et que devient le mariage, s'il cesse d'être le domaine réservé de la gratuité sentimentale ou du don désintéressé, pour devenir une activité immédiatement générative — capable de produire de la valeur, de la richesse, de la culture ?
Penser ensemble le travail et l'amour, c'est reconnaître que nos liens les plus intimes sont aussi des forces économiques — et habiter l'un et l'autre comme un seul et même espace.
Le livre paraît cette semaine en librairie.
Out today in bookstores. It’s the book I’ve been working on for the past five years — a reflection on love as the driving force behind what we call modernity.
Love is not an emotion; it’s a force capable of introducing something new and unprecedented into reality, transforming both the world and our souls. It has been at the heart of the social institution par excellence — the family — and of the set of practices that shape reality — the economy. It has also been the cause and the very form of many of the gravest injustices modernity has produced. Yet only by rethinking, together and differently, the connection between love and economy can we begin to overcome those injustices.
With the invention of the new contract of same-sex marriage, the reciprocal autonomy of two experiences — loving and procreating — has been affirmed for the first time, experiences that tradition had always imagined as inseparable. This separation has freed love and family from genealogical bonds and opened the way to reimagine their relationship with the economy.
What, then, does labor become, if it no longer presupposes alienation or forced contact with those we do not love, but rather becomes a form of belonging — an elective bond, at once affective and productive? And conversely, what does marriage become, if it ceases to be the realm of sentimental uselessness or disinterested gift, and instead turns into an immediately generative activity — capable of producing value, wealth, resources, culture?
To imagine a world in which work resembles marriage and marriage resembles work does not mean to confuse the two, but to rethink production as a form of love, and love as a productive force. We no longer love despite society, but within society — inside its structures, rhythms, and economies
La vita delle forme. Filosofia del reincanto.
Sono le forme con cui ridisegniamo il nostro volto: ogni giorno, pelle a pelle sul nostro corpo, abbozzano una vita di cui incarnano un segreto che può solo essere vissuto. Le forme della moda non sono solo strumenti di conoscenza del mondo e di noi stessi. Sono anche amuleti con cui inventiamo e facciamo esperienza di nuove libertà. Libertà di resuscitare possibilità accantonate. Libertà di costruire significati inediti. Libertà di scegliere chi essere.
Peut-on vraiment penser l’amour sans penser l’économie, la famille, l’héritage, le travail ?
C’est la question qui traverse le 'Traité de l’amour moderne' de @unicamens , paru le mois dernier chez @flammarionlivres , dans la collection Climats.
À rebours d’une vision purement intime ou sentimentale de l’amour, le philosophe montre comment celui-ci organise aussi les structures sociales, les appartenances, les transmissions — jusque dans la manière dont se distribuent les richesses et les places.
Ce qui m’a intéressée ici, c’est cette tentative de sortir l’amour du seul registre psychologique pour le penser comme une force matérielle et politique, capable de façonner les vies autant que les institutions.
Un texte dense mais très stimulant, qui propose de déplacer ce qu'on entend habituellement par « amour moderne ».
Et j’y consacrais une notule cette semaine dans Le Monde des livres !
#chroniquelitteraire #ideelecture #philosophe #philosophie #litteraturecontemporaine
🎙️ Et si préserver le patrimoine, c’était accepter qu’il change ou qu’il évolue ? Pour ce quatrième et dernier épisode « Le Fil Vert » - le podcast environnement de @liberationfr -, direction le @chateau_chenonceau , l’un des châteaux emblématiques de la Loire, dont les fondations baignent dans la rivière Cher.
🏰 Avec le philosophe @unicamens et l’architecte en chef des Monuments historiques Étienne Barthélémy, nous voilà face à une évidence : un monument vit avec son environnement - l’eau, le sol, le climat et la biodiversité qui l’entoure.
🌿 Entre crues, sécheresses et matériaux à adapter, une autre approche se dessine : non pas figer, mais transformer pour faire durer.
💚 À écouter dès aujourd’hui sur toutes les plateformes (Deezer, Spotify…)
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I had the honour of joining France Culture’s morning show L’invité·e des Matins with Guillaume Erner and Belinda Cannone to reflect on a question at the heart of my work: “Is love still modern?”