[CHRONIQUES]
jazzdor 2025
Mercredi 12 novembre
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extraits :
difficile de distinguer si Lopez joue aux mains ou aux baguettes. Et puis ce cajĂłn, presque incongru, dont le timbre sec apporte pourtant un contrepoint Ă©tonnant. Ortiz, lui, prend son temps : accords espacĂ©s, motifs suspendus, usage de cordes pincĂ©es qui donnent au piano un son nasillard, granulant entre jazz contemporain et vocabulaire free. Peu Ă peu, le pianiste sâabsorbe entiĂšrement dans son propre flux.
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Autre temporalitĂ©, rĂ©trofuturiste cette fois, avec The Time Machine et son ensemble baroque : David Chevallier au thĂ©orbe, Rose Dehors Ă la sacqueboute, Atsushi Sakai Ă la basse de viole, Ătienne Manchon au clavecin. De quoi, potientiellement, emprunter des allĂ©es de musĂ©e ou excaver des archĂ©ologies sonores. Mais le risque se dissipe trĂšs vite : les timbres anciens dialoguent avec la pensĂ©e actuelle, les glissandi sacqueboutĂ©s sonnent contemporains et les harmonies fantĂŽmes du thĂ©orbe ouvrent un espace cinĂ©matographique.
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Le dernier trio rappelle Ă quel point on peut, parfois, pouvoir aimer se prendre des claques. Ralph Alessi, Marc Ducret, Jim Black jouent les boxeurs de clĂŽture de soirĂ©e en lâouvrant brutalement. Son frontal, incisif, oĂč chaque geste semble reconfigurer la piĂšce en temps rĂ©el. Alessi sculpte la trompette en lignes anguleuses, parfois dâune clartĂ© cristalline, parfois volontairement abrasives. Ducret, avec cette guitare sĂšche et lyrique, dĂ©coupe lâespace en blocs irrĂ©guliers, riffs Ă©clatĂ©s, harmoniques saturĂ©es, contrepoints inattendus. Et puis Jim Black, au centre du jeu. Massif, agile, dâune intelligence rythmique rare, joue autant avec les ruptures quâavec la propulsion : mĂ©triques disloquĂ©es, rebonds, polyrythmies cachĂ©es, moments presque tribaux, puis soudain une frappe nette qui rassemble.
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Textes : Selma Namata Doyen
photo © Teona Goreci
@tagbyteona
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