L’éditeur a mis la couverture en ligne. Parution le 7 mai 2025.
#La 4e de couverture :
Et si, un beau matin, vous plaquiez tout pour rejoindre l’amour ?
Temps de trajet : 11 heures et 37 minutes. Les heures défilent sur la route à imaginer les vies que renferment les autres véhicules, à réfléchir au sens de l’amour et du camping-car, à naviguer parmi les souvenirs, votre pensée toute tendue, entre doute et espoir, par une seule question : quelle sera, au bout de la route, la réaction de l’autre ?
Après son premier roman, Parfois l’homme (prix Première RTBF 2024), Sébastien Bailly poursuit une œuvre qui s’inscrit dans un jeu littéraire et formel. Autoroute est un roman d’amour façon roadtrip, qui s’égrène avec humour en 65 courts chapitres sans jamais donner aucun indice qui puisse déterminer le genre du personnage principal ni de son être cher.
Retenez le nom d’Héloise Ghaleh-Marzban (@heloiseghaleh ) : je sors de sa première pièce, « Arianne, sur le fil » @lmparisien . Elle a écrit et mis en scène, elle joue juste (le reste de la troupe est aussi formidable).
Il est question d’exil, de révolution, d’héritage. Il est question de l’Iran et d’amour. De volonté paternelle et d’émancipation.
Si ça se joue près de chez vous, n’hésitez pas. Et retenez son nom : un talent pareil, on ne manque pas non plus sa deuxième pièce.
#théâtre
Renoir et l’amour, @museeorsay . Un certain talent pour le bonheur, c’est sûr. Le Pont des arts, des jardins fleuris, de la camaraderie, les bords de Seine, les danseuses, et, dans le jeu de séduction, un équilibre subtil.
Beaucoup de dos, aussi, et des livres, et des journaux. Tout cela sans doute plutôt moderne.
Certes, des cartels pas toujours fluides (« l’œuvre traduit l’affection palpable du peintre pour ses jeunes modèles. »). Un public toujours aussi connaisseur (« Il est beau ce tableau, même s’il est un peu trop marron »).
Mais, avec Renoir, comme le sous-titre de l’expo le dit, c’est « la modernité heureuse ».
Extraordinaire énergie comique d’Olivier Saladin @theatremontparnasse dans Ancien malade des hôpitaux de Paris. Le texte de Daniel Pennac est très fort, et admirablement porté par l’acteur qui joue d’une palette très riche et incarne les personnages avec une maîtrise qui laisse peu de temps aux spectateurs entre deux éclats de rire. Bravo !
@saladinolivier@danielpennacchioni
Vous ne connaissez sans doute pas Walter Trier. On commémore le 75e anniversaire de sa mort cette année.
Qu’est-ce que Têtes folles ? Une série de personnages dessinés sur toute la hauteur de pages divisées en trois sections : pieds, tronc, tête. On peut ne tourner que les pieds, ou que les troncs, ou que la tête, et à chaque fois, apparaît un nouveau personnage. La couverture annonce, fièrement, qu’il y a 8192 têtes folles différentes à découvrir !
Des années plus tard, je découvre l’Oulipo et les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau. Et c’est le même plaisir : en tournant les languettes sur lesquelles sont imprimées les alexandrins, on fait chaque fois apparaître un nouveau poème. Je ne découvre que très tardivement (pour tout dire le 8 mai 2026), en faisant des recherches sur Walter Trier, que le lien entre les deux livres qui m’ont marqué est tout à fait naturel.
Dans une publication de son compte officiel, l’Oulipo explique que Têtes folles fait partie des sources d’inspiration de Queneau. CQFD.
Ce sont les Cent mille milliards de poèmes qui m’inspirent et me poussent à créer, à seize ans, sur l’ordinateur TI-99/4a que je m’offre à Noël 1983, un programme de génération automatique de poèmes. La raison, la même fascination, explique aujourd’hui mon appétence pour les capacités génératives de l’IA.
Il n’y a pas de hasard, donc. Si, aujourd’hui, j’écris avec l’IA, si j’approfondis les possibilités créatives des LLM, cela remonte loin dans ma biographie, aux genoux de ma grand-mère, à un illustrateur né à Prague. Le goût de la combinatoire et de la génération, c’est un goût de l’enfance, comme le riz au lait. Je suis programmé, depuis toujours, pour finir par écrire avec l’intelligence artificielle générative.
#oulipo #queneau #WalterTrier #combinatoire #littérature
Je ne pense pas avoir vu de théâtre de boulevard depuis une ou deux soirée télé du temps de l’émission « Au théâtre ce soir ». Avec Potiche, ça semble le haut du panier. Rythme, éclats de rire dans la salle, applaudissements. La pièce approche de ses 50 ans. Clémentine Célarié ne manque ni d’énergie ni de bagout. Ok. Tous les ingrédients sont là.
Mais pas mon truc, je crois.
Il y a, dans le château de Châteaudun un cheval perdu parmi les tapisseries. Un cheval de tapisserie lui-même, comme sorti des décors, et qui nous interroge sous le fauteuil qui lui sert de selle. On ignore ce qu’il fait là, où il y a si peu de meubles et d’éléments de décor.
Ce qui est écrit près de l’animal :
HORSE, 2015
Frédérique MORREL :
Artiste designer française, née à Paris en 1958.
Frédérique Morrel s’est engagée dans un discours sur le paradoxe des valeurs qu’entretient notre société de
consommation.
Son manifeste s’inscrit sur la peau d’animaux « grandeur nature » sur laquelle on voit le pauvre devenir luxe, l’intime devenir visible, le caché peut devenir spectaculaire, le laid devenir beau. L’artiste retrouve des tapisseries démodées et abandonnées qu’elle restaure et assemble auant de s’en
servir comme d’une nouvelle peau pour des trophées de chasse et des moulages d’animaux. Son troupeau se faufile dans les galeries d’art internationales, les collections privées, les salons internationaux asiatiques et les grandes maisons comme Hermès et Bergdorf Goodman à New York. A la frontière de tous les arts, appliqués, plastiques, artısanat, ses « anımaux » sont à voir, parlent à tout le monde, sans détour, avec humour.
Vu de dos : très belle exposition @franciscaines.deauville sur un motif qui, le plus souvent, préserve l’anonymat. Ce n’est plus l’homme ni la femme, mais la fonction, sociale, ou érotique. C’est le cadrage qui change. Ou c’est l’impossibilité de montrer le visage. Nuques, peaux parcheminée par le temps, musculatures démonstratives. Le dos offre de multiples lectures. Quels équivalents dans la littérature ?
#lesfranciscainesdeauville
Un livre d’entretiens passionnant sur la littérature du réel vient de paraître aux éditions Denoël, sous la direction d’aurélie Barjonet et Ivan Jablonka. Son titre : Ecrire le réel, quand le monde redevient lisible. Une sacrée promesse par les temps qui courent.
Au sommaire, des entretiens croisés, qui proposent des cheminements dans le travail d’autrices (surtout) et d’auteurs sur des terrains aussi variés que le réel peut l’être, des violences sexuelles aux questions de pollution, des faits-divers aux témoignages des survivants des plus grandes catastrophes.
Faut-il citer ce qui m’a marqué ? Vanessa Springora sur les masculinités, Claire Dutrait sur les strates du paysage, Christophe Bataille sur le recueil du témoignage. Mais c’est injuste pour les autres.
On apprend en italique que l’ouvrage est issu d’un colloque de mai 2024 auquel on aurait aimé assister, tant il y a de matière dans ce livre.
Si vous vous demandez à quoi peut servir la littérature en ces temps troublés, vous trouverez ici bien des réponses.
Mention particulière au dialogue particulier de Christophe Bataille et Judith Perrignon, qui lève le voile sur ce que c’était jusque-là le travail d’éditeur chez Grasset.
@judithperrignon@editionsdenoel@vanessa.springora
La vraie question est : qu’allons-nous écrire après ça ? Là, maintenant. Dans les mois qui viennent ? Qu’allons nous écrire au risque de l’extrême-droite ? Qu’allons-nous écrire au risque de l’idiocratie ? Pas que la littérature ait à faire avec l’actualité. Mais avec la fin du langage, oui. Qu’allons-nous écrire quand les mots se vident de leur sens ? Quand certains croient pouvoir acheter les récits et en faire leur outil de conquête ? Quand les puissants ne savent plus ce qu’il disent ? Quand Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Primo Levi, Jean Tardieu, Georges Perec, Bertold Brecht n’ont manifestement pas suffi ? Qu’allons nous écrire ces prochaines semaines qui sera en librairie dans deux ans, dans trois ans, et qui dira la résistance aux puissants, ou la fin de tout ? Que doit la littérature, là, maintenant ? D’aucuns se demandent ce qu’elle peut. Je me demande ce qu’elle doit. Et j’entends déjà celles et ceux qui soutiendraient qu’elle ne doit rien à personne. N’est-ce pas une opinion à réserver aux jours de paix et de concorde ?