🗨 Chronique BD 🗨
Titre : Ketsudan
Scénariste : Mud
@mud_bd
Dessinateur : Julien Motteler
@julienmotteler
Éditeur : Dargaud
@dargaud
Paru le : 27/03/2026
Nombre de pages : 180 pages
ISBN : 9782205211597
💭 Mon avis :
Transposer Le Cid dans un Japon féodal peuplé de samouraïs et de yokaï, sur le papier, ça pouvait sentir le gadget. Et pourtant, Ketsudan trouve vite son équilibre.
On suit Harumi et Natsumé, promis l’un à l’autre, rattrapés par une mécanique implacable : humiliation, suicide, vengeance. Le fameux dilemme cornélien – aimer ou venger – s’installe sans détour et fonctionne toujours aussi bien, même sous un kimono.
Le choix de conserver les alexandrins donne une vraie saveur au récit. Ça surprend au début, ça impose même un rythme un peu solennel… puis ça finit par devenir une musique. L’intrigue reste fidèle, avec ses tirades mythiques et ses affrontements d’honneur, mais les auteurs glissent aussi quelques respirations, notamment visuelles, qui dynamisent l’ensemble. Résultat : une tragédie classique qui garde sa force tout en changeant de décor sans se renier.
Julien Motteler s’en donne à cœur joie dans ce terrain de jeu hybride. Son dessin navigue entre manga, franco-belge et comics, avec une énergie qui colle parfaitement aux affrontements. Les duels au katana sont tendus, lisibles, parfois presque chorégraphiés, tandis que les séquences muettes face aux yokaï apportent un souffle plus spectaculaire.
Côté ambiances, les jeux de lumière renforcent le côté théâtral : visages marqués, silences lourds, regards qui en disent long. Il y a quelque chose de très scénique dans la mise en page, comme si chaque case devenait un plateau.
Ketsudan, c’est un pari un peu fou qui tient debout : faire dialoguer patrimoine et imaginaire sans trahir ni l’un ni l’autre. Et au fond, qu’on manie l’épée ou le katana, le cœur reste pris au même piège… comme le murmure encore Natsumé : « Va, cours, vole… et nous venge ».