« La photographie émergente ne se contente plus de montrer le réel : elle le met en scène. » À Paris Photo 2025, Arthur Hadade, fondateur de l’app CUR8, dit avoir perçu un basculement net dans les nouvelles écritures photographiques : une génération qui ne cherche plus à montrer le réel, mais à le mettre en scène. Une image hybride, située quelque part entre cinéma, performance, archive et fiction.
Au milieu de cette effervescence, cinq artistes se détachent nettement : ceux qu’Arthur Hadade juge essentiels à suivre. Tania Franco Klein en offre une première démonstration avec une écriture cinématographique aux couleurs saturées et aux mises en scène étranges, tendue en permanence. Chez Sibusiso Bheka, le propos social passe par une recherche esthétique précise : de nuit, il photographie son bidonville à 50 km de Johannesburg en utilisant la lumière des anciens projecteurs de l’apartheid et les gyrophares de la police. Julieta Tarraubella, enfin, explore la mémoire familiale avec un dispositif hybride, dont une installation en direct où un bouquet filmé et diffusé sur des écrans se fanait au fil de la foire.
Ces démarches rejoignent les critères qu’Arthur Hadade utilise pour repérer un(e) photographe qui va compter : une écriture identifiable, un propos cohérent et la capacité à proposer quelque chose de nouveau. Il retrouve ces qualités aussi bien chez András Ladocsi, dont les corps, la lumière et la matière forment une physicalité contemporaine, que chez Sophie Ristelhueber, dont l’approche de la trace, du territoire et de la blessure s’affranchit du cadre strictement journalistique.
Ce qui les distingue ? « Ils ne cherchent pas à documenter. Cette génération produit des images sensibles et construites, très en phase avec notre culture visuelle. Chez Franco Klein, le réel devient cinéma ; chez Bheka, la ville devient un théâtre ; chez Tarraubella, l’archive devient un conte ; chez Ladocsi, le corps devient paysage ; chez Ristelhueber, la trace devient histoire politique. »
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