En juillet et août, le grand hall Horta de Bozar a Bruxelles sera occupé par une imposante installation de terre de l’artiste colombienne Delcy Morelos (née en 1967, vit et travaille à Bogota). En prélude on était ce jeudi au Barbican à Londres où elle inaugurait une autre de ses installations monumentales qu’elle appelle Origo . Première fois depuis dix ans qu’un artiste investit à nouveau “la place des sculptures “ au cœur de ce grand ensemble d’architecture brutaliste inauguré en 1959, vraie ville dans la ville . Une architecture utopiste, d’après la guerre, répondant aux destructions allemandes (le Blitz) , à laquelle Delcy Morelos oppose la nouvelle utopie du futur : le lien avec la terre qui nous nourrit . Elle avait vu lors de la longue guerre civile en Colombie comment la terre n’était plus un bien commun mais l’objet des guerres. Comme elle l’a fait déjà dans de nombreux centres d’art au monde (De Dia Chelsea à New York à la Biennale de Venise en passant par le Guggenheim de Bilbao et même le musée Dhondt Dhaenens) elle a construit avec quinze tonnes d’argile venue de Newcastle mêlée à des plantes et de la paille un bâtiment en adobe de 24 m de long sur 18m de diamètre et 3 m de haut . Ayant la forme d’une ellipse avec au centre un lieu ouvert vers le ciel et autour un tunnel et des grottes pleins de senteurs comme la cannelle et le clou de girofle ajoutés à l’odeur de la terre . Un lieu, dit elle , comme en construisent les Indiens Yanomanis d’Amazonie . Une ode à la terre-mère , Pachamama en total contraste (voulu) avec l’architecture du Barbican. Des plantes pousseront sans doute sur les surfaces d’argile sèche . Déjà un renard vient s’y risquer la nuit. À Bozar son installation pèsera huit tonnes aura la forme d’un rectangle de douze mètres de long, une mastaba et on pourra marcher à l’intérieur sur la terre rouge, pieds nus. #delcymorelos #bozar #barbican
L’Hôtel des Douanes, splendide bâtiment classé, conçu par Ernest Van Humbeek et achevé en 1907, situé en bordure de Tour et Taxis a conservé son charme d’origine avec ses colonnes d’acier, sa salle des banques sous la longue verrière, ses boiseries et ses escaliers en granit. Il est resté opérationnel pour les douanes et le dédouanement, jusqu’à tard, à la fin des années 1980. Totalement restauré, il accueillera le nouveau siège de Proximus en 2027. Mais déjà profitant des salles encore vides, on peut y admirer 150 oeuvres de la Proximus Art Collection qui fête cette année ses 30 ans d’existence, des œuvres choisies parmi les 400 oeuvres de la collection. C’est un vrai plaisir de découvrir ce lieu avec aux murs des oeuvres de Alighiero Boetti, Pistoletto, Hans Op de Beeck, Michel François, Ann Veronica Janssens, Marthe Wery, On Kawara, Lili Dujourie, Francis Alÿs, Martin Parr, Johan Creten, Sugimoto, Paolini, Tony Cragg, Penone, Francesco Clemente, Thomas Schütte, Philippe Van Snick, Andrea Gursky (le célèbre « Rhein » dont un tirage fut vendu à un prix record), une série en cours de Rinneke Dijkstra , Sammy Baloji, Dirk Braeckman, Franz West, Sol LeWitt, Seydou Keita et tant d’autres. Le choix judicieux et l’accrochage ont été assurés par les commissaires Catherine de Zegher et Isabelle De Jaeger. On parcourt les anciennes salles des douanes, rez-de-chaussée et étage, avec une lumière changeant avec les heures. L’exposition gratuite est ouverte jusqu’au 24 juillet, de 11h à 17h (on peut cependant s’inscrire sur le site www.conversationpoem.be). A ne pas rater. L’asbl qui gère la collection reçoit de Proximus un subside annuel de près de 250000 euros pour la maintenance de la collection mais aussi pour acheter de nouvelles oeuvres. La collection continuant à croître. #proximus #catherinedezegher #isabelledejaeger #hoteldesdouanes #tour&taxis proximusartcollection
Le formidable kunstfestivaldesarts a débuté avec deux spectacles fort réussis à la limite entre les arts visuels (cinéma, arts plastiques) et arts de la scène. Spectacles sans acteurs mais avec une grande beauté minimaliste qui suscite imagination et rêve. Dans la belle chapelle baroque des Brigittines (nos quatre premières photos) le grand réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul présentait sa nouvelle création, un beau et hypnotique spectacle/installation, « A Flower of Forgetfulness », une expérience visuelle et mystique. Une installation dans laquelle on se promène, avec deux films sur deux grands écrans opposés et au centre comme si il était l’acteur du spectacle: un immense drap blanc accroché au plafond au quatre coins. Cette voile bouge peu à peu, dans un jeu freudien de voilement, dévoilement, des images aléatoires comme nos souvenirs. Quand la chapelle est plongée dans le noir, le spectacle devient total avec des spots de lumières, des nuages de fumées et une musique douce qui créent une symphonie de formes noir et blanc, avec toujours la grande voile et ses plis toujours mouvants.
L’artiste Germaine Kruip (Castricum/Pays-Bas, 1970), présentait « A Possibility » au KVS (quatre dernières photos), qui débute dans le noir complet avec sur la scène des subtils jeux de lumières comme des Rothko en noir et blanc , des Malevitch, ou des James Turell, moment de pure mystique. Puis le spectacle bascule avec la descente des cintres de longs tubes de cuivre doré conçus par le célèbre luthier allemand Thein Brass, et actionnés par quatre percussionnistes. Comme un concert d’Ars Musica avec une musique répétitive et planante. Comme l’écrivait notre consoeur Gwennaëlle Gribaumont, sa pratique – à la croisée de la sculpture, de l’architecture, de la lumière et de la performance – reconduit l’ambition minimale à sa source la plus exigeante : faire de la perception elle-même un matériau. À lire nos critiques sur le site www.lalibre.be #kfda #kunstenfestivaldesarts #germainekruip #ApichatpongWeerasethakul
En dehors de la Biennale à Venise et en plus de la découverte du magnifique palais de Dries Van Noten et des quatre expos chez Pinault, il ne faut pas rater deux autres superbes expos. À la Fondation Cini sur l’île de San Giorgio, on découvre l’ultime œuvre du grand peintre Baselitz mort il y a quelques jours. Dans deux salles comme des chapelles, quinze immenses peintures de lui ou sa femme tête en bas, décharnés , comme glissant vers la mort. Sur un fond uni et doré comme dans les icônes byzantines dit-il dans une vidéo bouleversante , ou comme les peintres anciens de Sienne . Il y ajoute des noeuds de couleurs vives , un hommage au peintre de Kooning et pour lui, un message d’espoir aux survivants. Des peintures qui dit-il résument toutes ses œuvres. A la Fondazione Prada , on découvre deux immenses artistes américains Arthur Jaffa et Richard Prince qui mettent à mal le rêve américain en montrant la violence, le racisme. . Les films de Jaffa avec leur musique sont des coups de poing salutaires . #georgbaselitz #arthurjaffa #Richardprince #fondazioneprada #fondazionecini
Aujourd’hui, pour protester contre la présence d’un pavillon officiel d’israël à la biennale et pour condamner les massacres de Palestiniens à Gaza , en Cisjordanie et au Liban plusieurs pavillons sont fermés pour toute la journée comme (voir nos photos) les pavillons belges , autrichiens et hollandais. D’autres comme celui de Grande-Bretagne a ouvert avec près de deux heures de retard et d’autre comme le Luxembourg fermeront des 16h pour participer à la manifestation des artistes et commissaires sur la Via Garibaldi à 16h30 . Mais beaucoup de pavillons sont restés ouverts . L’occasion (nos dernières photos ) de découvrir un de nos coups de cœur , les grandes peintures au pavillon de Grande-Bretagne de la peintre Lubaina Himid, née en 1954, venue de Zanzibar, vit et travaille à Preston, grande figure du Black British Art Movement dans les années 80. Elle gagna le Turner Prize en 2017 et eu une grande expo à la Tate Modern en 2021 #lubainahimid
C’était à nouveau la toute grande foule pour la pre-view de la Biennale. Ci-joints encore quelques images de pavillons marquants avec dans l’ordre : celui de Pologne avec un très beau film de performeuses (dont des malentendants) sous l’eau communiquant par la langue des signes, le pavillon espagnol occupé par l’artiste résidant à Bruxelles, Oriol Vilanova, qui a accroché au pavillon espagnol 50.000 de ses 250.000 cartes postales, souvent glanée au marché du jeu de balle à Bruxelles, un voyage à travers le monde entier. Le pavillon luxembourgeois occupé par la Bruxelloise, Aline Bouvy et son film intitulé « La Merde », sur un être-étron comme un E.T. sorti de nos corps ! Très longue file devant le pavillon autrichien pour les performances assez dingues de Florentna Holzinger celle qui avait tant divisé les spectateurs de son opéra Sancta Susanna de Hindemith à Anvers en avril dernier. A l’entrée du pavillon une énorme cloche suspendue à une grue a comme battant une femme nue accrochée à l’envers et dans le pavillon une femme allongée dans un grand aquarium respirant par un masque (évocation d’une Venise future noyée par les eaux). L’Ukraine qui est bien présente à la Biennale avec un grand cerf en béton comme un origami de Zhanna Kadyrova. Et l’artiste sud-africaine, refusée du pavillon de son pays pour avoir évoqué Gaza, Gabrielle Goliath, a trouvé refuge à l’église Sant’Antonin. Et le premier pavillon du Congo RDC à une Biennale dans un lieu magnifique à la place Giovanni e Paoli (oeuvrer ici de Aimé Mpané). Quelques vues ensuite des deux grandes expos avec les sculptures de Seyni Awa Camara, Otobong Nkanga, et tant d’autres. Avec les grandes sculpture de Nick Cave (l’homme arbre) et une de Wangechi Mutu . Le Belge Philip Aguirre y Otegui a son architecture bleue placée dans le port. #biennalevenise2026
Un lieu magnifique s’est ouvert à Venise en marge de la Biennale d’art . Le grand couturier belge Dries Van Noten a acheté avec son compagnon Patrick Vangheluwe un des plus beaux palais de Venise , le Palazzo Pisani Moretta, donnant sur le Grand Canal, entre le Rialto et Ca’Foscari . Ils habitent dorénavant dans la cité des Doges. Un palais extraordinaire avec son mobilier , ses peintures , ses sols de marbres , ses grands lustres. C’est la visionnaire Chiara Pisani qui l’avait entièrement transformé en style rococo en 1740 et le palais est resté intact et classé comme monument historique . Avant sa restauration et son ouverture comme centre d’art, il y a monté une exposition époustouflante “The Only True Protest Is Beauty” ouverte jusqu au 4 octobre, mettant en lumière tous les artisans les plus extraordinaires , vrais artistes qui font le design comme la haute couture . Ce sont des robes-sculptures de « Comme les garçons » et Christian Lacroix, des sculptures de verre d’Etore et Tony Cragg et d’innombrables bijoux , objets entre le rococo et le sublime. Il a invité comme un contrepoint le sculpteur belge Peter Buggenhout à y placer six œuvres monumentales . Des œuvres faites de matériaux résiduels (poussière, déchets, sang ) qui volontairement ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Déjouant nos attentes de forme et de sens , elles ouvrent une brèche dans les 200 œuvres et objets choisis par Dries Van Noten. À voir jusqu’au 4 octobre #driesvannoten #peterbuggenhout #theonlytrueprotestisbeauty
Formidable Miet Warlop. L’artiste toujours à mi-chemin des arts de la scène et des arts plastiques offre au pavillon pavillon belge une performance non-stop dans la foulée de son extraordinaire One Song . A ne pas manquer (il fermera toute la journée de vendredi pour protester contre la présence de la Russie et d’Israel) , tant l’énergie qui s’en dégage est contagieuse. Neuf performeurs et musiciens à la fois portent plus de 200 plaques de plâtre sur lesquels sont sculptés des mots dans toutes les langues et les déposent sur une estrade couvrant tout l’espace du pavillon . Ils le font jusqu’au bout de leurs forces, sous une musique très rock, obsédante , très forte. Même les danseurs chantent , tapent des pieds des mains. Elle est intitulée IT NEVER SST (un stop jamais possible). La musique est signée Micha Volders. On est plongé dans le pavillon dans une sorte de jeu de vagues entre les artistes, créant une variété de mots et de phrases (never, will, do, yes, peur, cura, hey, salam, why, etc.) réalisés en public par un sculpteur installé dans une alcôve du pavillon et qui remplit des moules au sol avec du plâtre pour que les performeurs les brandissent, les déposent ensuite sur des grandes étagères ou à la fin les fracassent. Les gradins sont remplis d’instruments de musique (grosses caisses et tambours). Entre les neuf danseurs/performeurs, le sculpteur du plâtre qui crée sans cesse les mots, et la foule internationale de la Biennale (700000 visiteurs attendus) règne d’emblée une tension, celle de la recherche d’une connexion humaine par les mots dans un monde toujours « en marche ». Les danseurs semblent sans cesse en recherche de nouvelles phrases, à la recherche du sens, de l’espoir. Ils sont un miroir de nos vies aujourd’hui, de nos cerveaux bousculés , à la recherche d’une signification qui sans cesse nous échappe.. Un vrai spectacle , prenant , jubilatoire, épuisant pour les performeurs qui évoque bien dans la langue imaginaire et poétique que forment les mots alignés le chaos du monde . #mietwarlop #biennalevenise
Bruges ouvre ce week-end son nouveau grand musée, Brusk. Visite de ce centre d’art flambant neuf. Il est niché au centre historique tout près du musée Groeninge. Un joli chemin part de ce musée pour déboucher dans un grand ilot de verdure surprenant à cet endroit, où Brusk a été construit. Brusk est une Kunsthalle, un lieu d’exposition qui présentera toutes les expositions temporaires des musées brugeois, ceux-ci se concentrant sur leurs collections propres. La décision de construire Brusk (moitié subsides de la ville, moitié de la Communauté flamande) tient du miracle, car elle fut prise juste avant les coupes budgétaires qui frappent un peu partout la culture. Oeuvre des architectes Robbrecht & Daem et Olivier Salens il reste invisible du reste de la ville, long parallélépipède avec un rez-de-chaussée entouré de vitres, et à l’étage, deux salles d’exposition monumentales de 13,5 m de haut en leur centre, avec des grandes verrières orientées au nord, comme dans l’atelier de Monet fait remarquer Paul Robbrecht. Le public peut traverser librement le musée par un couloir au centre, appelé la Scala, pour se retrouver de l’autre côté dans un parc Nous avons déjà évoqué la grande fresque de Laure Prouvost sur tous les murs de la Scala (350 m2). A l’étage, se trouvent deux salles d’exposition qui balaient l’art: du Moyen Age d’un côté à un avenir possible de l’art de l’autre côté. Refik Anadol, né en 1985 à Istanbul, vit et travaille à Los Angeles est connu comme un des pionniers d’un art mêlé à la science et à la technologie, nourri par l’Intelligence artificielle. Sur un écran de 10 m de haut sur 8 m de large, il montre le film sans cesse mouvant nourri par les données sur les 80000 oeuvres des musées brugeois « digérées » par l’IA. La machine à des rêves dit Anadol. La deuxième salle totalement différente montre des chefs-d’œuvre venus des quatre coins d’Europe: « Les mondes interconnectés de Bruges entre 900 et 1550 ». Bruges n’était pas une cité isolée, mais une vraie « ville-monde », un carrefour important pour le commerce, et les liens culturels et politiques. #refikanadol #brusk #brugge #bruges
Yves Goldstein qui a mené à bien tout le projet Kanal à Bruxelles depuis le début comme « chargé de mission » a annoncé lundi soir à son conseil d’administration qu’il arrête mais continuera jusqu’au début 2027, soit après l’ouverture de Kanal le 28 novembre, le temps de trouver un successeur après appel à candidature pour un poste de directeur général à côté de la directrice artistique Kasia Redzisz. Il explique que sa déicision était déjà prise avant l’annonce des mesures d’économies annoncées mais pas encore précisées . Il estime n’être pas la personne la plus adéquate pour diriger Kanal au quotidien . Mais dans De Standaard et Le Soir, il ajoute « avec 10 millions d’euros de subsides annuels, il n’y a plus de Kanal, plus de musée. Il n’y a plus le musée qu’on a construit avec une programmation au service des artistes bruxellois. » Il ajoute avoir déjà dû prendre des mesures qui vont à l’encontre de l’ADN de Kanal, d’être un musée public et ouvert sur la ville : Fermer le lundi et le mardi, augmenter le tarif d’entrée, annuler des grosses expositions. Et face à une ouverture « au rabais » au musée, il dénonce des « économies économiquement absurdes ». Kanal demandait 29 millions de subsides annuels et l’actuelle majorité avait évoqué à terme des subsides réduits à 10 millions . #kanal #yvesgoldstein
Georg Baselitz est mort à 88 ans. C’était d’abord un peintre qui continua à creuser son art, même quand les modes étaient à l’abstraction, au Pop Art ou au conceptuel. Il fut aussi un grand sculpteur qui parvint à travers le bois, à poser les mêmes questions existentielles.
Sa « marque de fabrique » qui le rendait si reconnaissable etait d’avoir décidé en 1969 de placer la figure à l’envers sur le tableau. Il voulait se démarquer autant de la peinture photoréaliste qui émergeait alors aux Etats-Unis qu’au réalisme socialiste des pays de l’Est. « C’était, disait-il, pour couper court à toute comparaison possible entre mes modèles et la nature. Cet objet est-il peint comme il faut ? Cette femme est-elle comme en vrai ? Cette forêt ressemble-t-elle à la vraie forêt? Je voulais éviter toutes ces questions stériles qu’on peut se poser face à un tableau. » Ce renversement, ce retournement est aussi une subversion de l’image qui nous oblige à regarder vraiment. Baseltitz n’a cessé de se battre avec la matière et la couleur. Au début, comme Anselm Kiefer, il avait à cœur de représenter pour l’exorciser, ce passé allemand dramatique. Né en 1938 près de Dresde sous le nom de Hans-Georg Kern, il a vu les ruines de la ville après le bombardement de 1945. Il ne supporta pas davantage le régime « soviétique » de la RDA et partit définitivement à Berlin-Ouest en 1958. Baselitz a toujours conservé ce regard au scalpel sur l’Histoire récente, puis sur la condition humaine, et enfin sur lui-même, sur son corps vieillissant, sur la fin qui approche. S’aventurer dans l’oeuvre de Baselitz, explique Bernard Blistène le commissaire de l’expo que le Centre Pompidou lui avait consacré , ne laisse pas indemne. Rien n’y est lisse, tout est aspérité. Il se coltine avec le tragique de toute représentation. ». On a pu encore voir à la Bourse de Commerce à Paris la formidable série Was ist gewesen, vorbei de Georg Baselitz (montrée à la Biennale de Venise 2014) se peignant 8 fois sur 4,8 m de haut, tête en bas, nu, comme plongeant, bras ballants, déjà vers la mort. Un très grand artiste a #baselitz
C’est une belle découverte que nous propose la Tate Britain à Londres avec une rétrospective consacrée à Hurvin Anderson (jusqu’au 23 août). Né à Birmingham en 1965, il vit et travaille près de Londres (Cambridgeshire) et a été formé au Royal College of Art, nominé au Turner Prize 2017. Sa peinture fait penser à celle de Peter Doig, tous les deux revenant en particulier sur les terres de leurs ancêtres dans les Caraïbes à Trinidad. La peinture de Hurvin Anderson se base souvent sur des photographies de son enfance (lui et son père, la piscine municipale, les enfants regardant un ballon de football tombé dans l’eau). Dans ces œuvres, le décor se transforme peu à peu en mirage tropical, un lieu glissant sur un autre, donnant une forme visuelle au déplacement de la mémoire et à la relecture du passé.
Il explore la diaspora, la mémoire et l’identité caribéenne entre autre avec ses séries des coiffeurs (barber shops). Comme chez Doig, on trouve aussi les très beaux paysages luxuriants, les plages, les habitants au milieu des palmiers dans une peinture mêlant abstraction et figuration, passé et présent pour évoquer l’expérience d’« être ailleurs”. Ses paysages sont parfois filtrés par des grillages, comme les terrains de sport qu’il peint et qui deviennent des images saturées de couleur mais traversées par la tension sociale et raciale. Le visiteur se sent exclu de ces lieux, comme peuvent l’être les habitants.
L’exposition confirme la place d’Anderson comme l’un des peintres contemporains les plus importants de sa génération au Royaume-Uni, à la croisée des traditions du paysage britannique et des héritages caribéens. Un peintre qui réinterroge les grands thèmes de l’histoire de l’art : la nature morte, le paysage, le portrait. #tatebritain #hurvinanderson