Le savoir, transmis depuis des siècles, ne s'était jamais écrit. Il vivait dans les mains et la mémoire de celles qui le portaient.
Entre le XVe et le XVIIe siècle, environ 60 000 personnes sont exécutées pour sorcellerie en Europe. Brûlées, pendues, noyées. Quatre sur cinq sont des femmes. Beaucoup d'entre elles soignaient.
Ce n'était pas le Moyen Âge. C'était l'époque de Descartes, de Newton, de la naissance de la médecine académique. Les universités formaient des hommes médecins — et la concurrence avec les guérisseuses populaires était, dans certaines régions, une réalité. Accuser une femme ou un homme de pacte avec le diable était aussi un moyen efficace d'écarter ce qu'on ne comprenait pas, ou ce qu'on ne contrôlait pas.
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Ce savoir transmis oralement pendant des siècles — plantes, remèdes, pratiques obstétriques — disparaît . Il ne s'est pas écrit. Il ne s'est pas archivé. Il s'éteint progressivement.
On a appelé ça de la superstition.
Ce qu'on a effacé avait peut-être un autre nom.
Qu'est-ce qu'une société décide d'appeler "savoir" — et qu'est-ce qu'elle choisit de brûler ?