Denis Cosnard

@deniscosnard

Journaliste, Le Monde. Dernier livre paru : Le Paris de Georges Perec (@editions_parigramme )
Followers
1,428
Following
454
Account Insight
Score
26.92%
Index
Health Rate
%
Users Ratio
3:1
Weeks posts
Georges Perec raconté à travers ses lieux. Le livre est désormais en librairie. #georgesperec
156 18
3 years ago
Vous aimez l’année 2026, ses guerres, ses drones meurtriers, ses obscures ingérences étrangères ? Vous adorerez 2029, dans la version qu’en propose Toute l’infortune du monde. La même violence, les mêmes conflits, en plus aigus encore. Le même dictateur russe va-t-en-guerre, flanqué d’un président américain toujours plus imprévisible, et de dirigeants français englués dans leurs querelles politiciennes… Après l’Ukraine, le Groenland et la Moldavie ont été envahis à leur tour. Le nouveau thriller de Thomas Bronnec offre des temps actuels une transposition sombre, âcre, tendue à l’extrême. Une vision d’autant plus saisissante qu’elle paraît totalement crédible et qu’elle est décrite en détail, en partant du plus intime. Par exemple, dans les premières pages, des paupières lourdes et douloureuses d’Emilie Cornelly, la présidente de la République, une sorte d’Emmanuel Macron au féminin. Elle n’arrive plus à dormir. La situation est si pesante. La présidente cherche à faire voter une fusion de l’armée française avec celles d’Allemagne et de Pologne, pour donner corps à l’Europe de la défense. Mais la Russie comme les Etats-Unis n’apprécient guère, et Emilie Cornelly peine à réunir une majorité sur son texte. Tant de parlementaires rêvent de sa chute. Au même moment, des drones venus d’on ne sait où sèment chaque jour la mort dans Paris. La pression devient maximale quand un commando prend en otage un immeuble entier du 19e arrondissement, menaçant d’abattre des centaines d’habitants si le projet de loi n’est pas abandonné… #thomasbronnec #toutelinfortunedumonde @serie_noire #polar
6 0
7 days ago
Ce livre est un régal. Subtil, drôle, érudit mais jamais pédant, et bien plus profond qu’il n’y paraît. Sous les dehors d’une vaste blague, il propose une palpitante expédition aux limites extrêmes de la poésie et de la littérature. A première vue, Aux franges du silence, de Marcel Bénabou, a tout d’un canular. Ou plutôt de deux canulars, deux vertiges emboîtés : dans cet essai, une glose totalement démesurée prolifère autour d’un corpus lilliputien. Tout part des recherches poétiques de François Le Lionnais, cofondateur, en 1960, de l’Ouvroir de littérature potentielle. Ingénieur chimiste, mathématicien, écrivain à ses heures, Le Lionnais examine la production littéraire à travers ses lunettes de scientifique et débat avec son ami Queneau : « A partir de combien de mots un poème est-il possible ? » Un texte très bref peut-il susciter l’émotion ? Au fil des ans, Le Lionnais publie une quinzaine de poèmes de quatre ou cinq mots, voire d’un ou deux mots (« Calme bloc », « Antépénultième »…), et même un poème d’une seule lettre (« T. »). Pure fumisterie ? Evidemment non !, répond Marcel Bénabou, un historien membre de la deuxième génération des oulipiens. C’est ce qu’il s’emploie à démontrer dans son ouvrage, aussi massif que son objet paraît restreint : 440 pages, en bas desquelles pullulent pas moins de 1 287 notes d’une élégante rigueur. Et on ne peut que lui donner raison. Un régal, vous dis-je. #marcelbenabou #oulipo #françoislelionnais #francoislelionnais
29 1
16 days ago
Retrouvé dans un vieil exemplaire de La Semaine à Paris, millésimé 1939, cette charmante publicité pour La Silhouette, le premier « cabaret-dancing féminin » monté par Frede, fin 1938. Elle le quittera dès la guerre arrivée. Mais que sont devenus Betty et ses boys ? Et Irène Fleury, et Jean Madelor ? J’ai appelé Tri. 64-72 pour avoir des nouvelles. Personne n’a décroché. #frede #suzannebaulé #cabaret #montmartre
49 2
1 month ago
Quel personnage, ce Didier Daeninckx ! Il a signé plus de 110 livres, travaillé avec Tardi et Willy Ronis, obtenu tous les succès de la terre, et pourtant cet ancien ouvrier se sent toujours en marge des cercles littéraires. « Je ne fais pas partie du « monde littéraire », ce monde qui protège les siens et leurs secrets. Je n’en ferai jamais partie », me déclare-t-il quand je l’interviewe, il a quelques semaines. «  - C’est paradoxal de vous entendre dire cela ici, chez Gallimard, au cœur de Saint-Germain-des-Prés… - Je squatte. » A 77 ans fin avril, Daeninckx publie un nouveau roman, Les Maisons parachutées, inspiré par l’histoire d’un grand-oncle déporté à Mauthausen, Albert Chardavoine, renommé Chardac dans la fiction. Cela mérite le coup d’œil (et même davantage) ! #didierdaeninckx #gallimard #romanpolicier #mauthausen #willyronis
43 0
1 month ago
Ce n’est pas si fréquent, je suis d’accord avec Sud Radio : « Danser encore » est, sinon une pure merveille, du moins un excellent roman. Captivant, même quand on ne connaît rien à la boxe. Le livre entier est à l’image de son héros, Rukeli : direct, efficace, sans une once de graisse, alternant swings et uppercuts en une danse parfaitement orchestrée et de plus en plus émouvante. Ce récit découpé en dix rounds raconte l’histoire, tragique autant que véridique, de Johann Trollmann, dit Rukeli, un jeune Tzigane allemand qui, dans l’Allemagne des années 1920 et 1930, n’a qu’un rêve : devenir champion de boxe de son pays. Ce titre, il parvient à l’arracher… pour quelques heures. Une gloire bien fugace, dans une Allemagne nazie qui entend faire disparaître tous les Tziganes. Bien des éléments de ce parcours étaient connus, ne serait-ce qu’à partir de la presse sportive de l’époque. Charles Aubert remplit les blancs avec subtilité et rend extrêmement attachant ce boxeur luttant jusqu’au dernier souffle contre un destin hélas implacable. #charlesaubert #rukeli #danserencore #boxe
23 1
1 month ago
Fernando Fenoglio disait qu’il était deux fois français. Une première fois parce la naturalisation de son père avait fait de lui aussi un Français. Une deuxième parce que la petite commune dans laquelle il avait vu le jour, Tenda, était elle-même devenue française et avait été renommée Tende en 1947, à l’issue du traité de paix entre l’Italie et les Alliés. Cinquante ans plus tard, sa fille Irène Fenoglio a pourtant eu bien du mal à expliquer la situation à l’agente municipale auprès de qui elle essayait de faire établir des certificats de nationalité pour ses propres enfants : « Mais enfin, je ne comprends pas, pourquoi vous me dites que votre père est français, né à Tende, en France, alors que son certificat de naissance est rédigé en italien ? » Qu’est-ce qu’être d’un pays quand on vient d’une frontière ? De quoi hérite-t-on quand, matériellement, on ne reçoit rien ou pas grand-chose ? Irène Fenoglio tresse autour de ces questions un récit un peu foutraque mais intéressant, et réussit un double portrait de ses parents très attachant. #irenefenoglio #heritage #editionsalbinmichel #fenoglio #tende
24 0
1 month ago
Jolie réussite que ce court roman de Laurent Seksik. Au départ, j’ai cru à une fiction émouvante mais un peu compassée et déjà vue autour d’un jeune officier français mobilisé en 1914. Or le récit est bien plus complexe, voire retors, que cela. Au moment où cet homme doit partir au front, il se retrouve en effet happé par l’histoire de son grand-père. Lors de la précédente guerre, en 1870, lui aussi a été appelé à défendre le pays. Et il n’a pas été tout à fait le héros légué par la légende familiale. À présent, il est temps pour la grand-mère du narrateur de lui apprendre enfin la vérité. Le livre de Seksik tire sa force de la révélation progressive de ce secret de famille, de la beauté des lettres du grand-père au cœur du roman, et bien sûr des échos puissants entre les deux récits enchâssés. Très réussi, vraiment. #laurentseksik #lejourdeguerreestarrive #gallimard #litteraturefrancaise #1914
31 0
2 months ago
Super expo Georges Perec aux Archives de Paris. D’une richesse incroyable dans un espace limité. Ses deux chevilles ouvrières Claire Zalc et Béatrice Herold ont découvert des trésors qui permettent de mieux comprendre les premières années du futur écrivain : des traces des parents de Perec dans leur Pologne natale, les registres témoignant de la naissance du petit garçon (à une adresse différente de celle qu’il cite dans ses textes…), de précieuses photos de la cour où il habitait, au 24 rue Vilin, le procès-verbal d’arrestation de sa mère, ses premiers bulletins de notes au collège… Cela vaut vraiment le coup de prendre la ligne 11 et de traverser le boulevard Sérurier. Et c’est gratuit ! #georgesperec #archivesdeparis #ruevilin
67 8
2 months ago
Une femme disparaît. Le point de départ du nouveau roman de Fabrice Colin est on ne peut plus classique. Une querelle au sein d’un couple, l’épouse claque la porte de la voiture et laisse là mari et enfants, au milieu de la campagne enneigée. Très vite, ils sortent de l’habitacle à leur tour, appellent « Marie ! Marie ! ». Mais rien. Pas une trace. Marie a bel et bien disparu, sans laisser le moindre indice. Jusqu’à ce qu’un jour, sept ans plus tard, une femme frappe à la porte de la maison familiale… Un démarrage classique, donc, mais une suite qui ne l’est pas du tout, et ne cesse de surprendre, voire, à certains moments, de déconcerter. Avec Sept jours, Fabrice Colin signe un roman extrêmement prenant, au croisement exact du polar et de la littérature dite « blanche ». Comme dans un bon roman policier, il y a un mystère, une enquête, du suspense. La tension, cependant, reste avant tout psychologique. Elle est portée par une écriture à la fois efficace et subtile, avec de nombreux dialogues très justes. La fin, ouverte, autorise une suite que l’auteur semble préparer : « Ce livre est la première pierre d’un édifice bien plus vaste », a-t-il annoncé sur Facebook. #fabricecolin #septjours #litteraturefrancaise #calmannlevy #romanpolicier
18 0
3 months ago
Au début, il y a de quoi se sentir un peu has been. Rakki Nouha, vous la connaissiez, vous ? Mozart, Satie, Nina Simone et les autres musiciens célébrés dans cette collection éditée par la Philharmonie de Paris, oui, bien sûr. Mais cette jeune compositrice, « dont l’œuvre a souvent été qualifiée de morale », bien des lecteurs n’en avaient jamais entendu parler, c’est certain. En tournant les pages de ce délicieux petit album illustré, la curiosité grandit. Comment a-t-on pu passer à côté de cette « artiste météore », à qui sa créativité et son goût de la provocation valurent « les succès les plus retentissants comme les échecs les plus douloureux » ? Pourquoi s’est-elle « radicalement éloignée des projecteurs » en 2025 ? Et son « mythique » Concerto des miettes, alternant silences et chutes de miettes de pain, a-t-il vraiment été joué à l’opéra ? Plus on avance et plus on doute. Mais plus on peut, aussi, se laisser emporter par cette biographie décalée, troublante, pleine de surprises, imaginée par l’écrivain oulipien Jacques Jouet et illustrée par sa complice Aurélie Thomas. « D’après une histoire pas vraie du tout », glissent-ils en tout petits caractères dans une page à peine visible. On préférerait que ce ne soit pas le cas, pour s’associer à leur appel : « Allez, Rakki Nouha, on attend ton retour ! » #oulipo #jacquesjouet #rakkinouha #aureliethomas #philharmoniedeparis #mozart #pastiche
15 0
3 months ago
J’a beau lire et relire Paul Auster, tourner les pages et revenir en arrière pour démonter la mécanique, je reste ébaubi. Scotché par son art exceptionnel de la narration. Auster vous prend la main à la première ligne, et vous ne pouvez pas la lâcher avant le mot « fin ». C’est tout bonnement impossible. Prenez Le livre des illusions, un de ses meilleurs romans, sorti en 2002. La première phrase vous happe d’emblée : « Tout le monde le croyait mort ». À la fin du paragraphe, les principaux motifs du livre sont déjà rassemblés. Il y aura donc deux personnages centraux. Cet Hector Mann, un comédien burlesque de l’époque du muet, disparu, du jour au lendemain, en 1929. Et le narrateur qui, 60 ans plus tard, a consacré un livre aux films de ce fantôme. Deux hommes dont les existences pleines de cassures et de tragédies se répondent comme en miroir. La réussite du roman tient évidemment à ces histoires incroyablement romanesques et enchevêtrées avec brio, sans le moindre temps mort. Dès que l’une pourrait commencer à ronronner, hop, Auster brise tout, fait revenir l’autre personnage, et vous laisse le souffle court. Mais ce que je n’avais pas repéré à la première lecture, c’est à quel point Auster travaille chaque scène, chaque phrase, pour que tout soit à la fois parfaitement fluide, subtil, intelligent, et extrêmement visuel. Rien d’abstrait, pas de sentiments dépeints de loin. Juste des images fortes, précises, avec assez de détails pour que tout paraisse réel. À la deuxième page, il évoque les rumeurs et les histoires qui ont circulé au sujet du comédien évaporé. « Selon l’une, retourné dans son Argentine natale, il y était désormais propriétaire d’un petit cirque de province. Selon une autre, il était entré au parti communiste et travaillait sous un nom d’emprunt à organiser les ouvriers de l’industrie laitière à Utica, dans l’État de New York. » Un auteur lambda aurait juste mentionné un cirque ou bien le PC. Auster, lui, nous fournit tout pour accrocher notre imagination, le petit chapiteau, le faux nom, l’industrie laitière, Utica. Comment ne pas y croire ? Et la magie opère… #paulauster #lelivredesillusions #actessud #litteratureamericaine #narration
37 3
3 months ago