Lettre ouverte à mon père. Aux oubliés. Aux prolétaires. Aux chi-bannis. Aux mains d'or.
Baba, je n'étais pas là lorsque tu as quitté tes terres.
Je n'étais pas là lorsqu'on s'est moqué de ta religion, ton accent, lorsque tu as subi tes premières humiliations. Je ne t'ai pas vu dans les foyers Sonacotra, t'endormir quelques heures dans une pièce aux murs étroits. Je n'étais pas là lorsque tu sillonais la France entière, contrôlé au faciès par des regards amusés. Lorsque tu allais là où les chantiers t'abîmaient, là où tes mains brûlaient sous le soleil et saignaient sous le froid.
Ton histoire est celle de ceux qui ont été rendus muets, qui ont été exploités et abusés, qui ont fait partie d'une classe qui survivait, face à une classe lâche qui s'enrichissait. Mais ton histoire est aussi celle de ceux qui se sont sacrifiés, les dignes, les guerriers, les acharnés, les dévoués.
Baba, aujourd'hui je te vois, aujourd'hui je suis là. J'écris pour quand tu ne seras plus à mes côtés, pour que ton héritage continue à briller. Le monstre insatiable du colonialisme ne t'a pas épargné, mais dans chacune de tes pupilles, je vois ta fierté se refléter.
Même si je ne sais pas tout de ta vie, je sais que que tes terres et ton cœur ont pris feu. Alors j'écrirai pour entendre l'éclat des chaînes se briser, et face au feu, les vagues de la révolte claquer sur les rochers.
En moi résonne tes prières préservées comme un trésor. Et en moi restera à jamais gravée l'image de tes mains d'or. Les contempler, c'est regarder le soleil à l'œil nu, je ne serai pas fâchée si j'en perds la vue.
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@moode___________ , un grand merci pour ta patience et ta collaboration.
🎶 de fond : Broken Soul, Ramin Kousha.
🎬 : Vidéos personnelles + quelques passages d'archives INA sur les travailleurs immigrés.