Je voudrais parler d’Au-delà du feu de
@sol_netra , un texte doux et douloureux, profondément révolté, qui tisse ensemble deux existences systémiquement et systématiquement violentées : celles d’Aleksander, enfant de l’adoption internationale suicidé en prison, et de·u lae narrateurice fol et psychiatriséx. Dans l’entrelacs des fils narratifs, Sol scrute ce que les institutions scolaires, pénitentiaires et psychiatriques, par le continuum de contrôle punitif qu’elles constituent, infligent de violences démultipliées. Iel montre comment, n’étant vouées qu’à surveiller et contrôler, celles-ci réduisent, condamnent, traquent, enferment, suicident et, à jamais, mettent au pas les vies de celleux qui dévient de la norme, les fols et les déliquants.
Sous la maitrise d’un phrasé qui embrasse les complexités, on sent sourdre la rage, l’amour et le désespoir, une hargne de vivre, jusqu’à travers la mort, et l’urgence de cultiver le soin et l’attention de l’autre. Au-delà du feu est un texte reliant, tendre et soucieux des vies que l’on condamne collectivement à l’obscurité. C’est un texte de lutte queer, anarchiste et antiraciste, qui insiste sur l’énergie vitale déployée pour survivre, au quotidien, à ce que le corps social détermine dès l’enfance.
Sol écrit pour venger la souffrance, l’ignorance, la honte et la réduction à un silence bordé d’un insondable désir d’être au monde de manière inassignable et du refus catégorique de l’ordre funeste des choses, le statu quo établit. Ce serait ça vivre à l’oblique : embrasser, par l’écriture, une oblicité toute wittigienne qui politise le témoignage de vies rendues inhabitables par l’incessante minorisation et aménage un espace d’énonciation oppositionnel. Lae narrateurice l’assure : « Chaque trace est un témoignage, qui deviendra un souvenir qu’on chasse car il souligne durement la violence de l’adolescence, celle qu’on croit accessoire, ou pire encore, accidentelle. »
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