A dix ans d’intervalle de mon premier voyage en Inde, je suis venue me confronter à la réalité brute de Varanasi avec pour seul objectif d’essayer, avec plus de maturité cette fois de capturer l’essence de cette ville qui ne cesse jamais de brûler.
Passerelle entre la vie et la mort, nuit et jour transitent sur des milliers de kilomètres autant de corps venus trouver sur cette terre sainte le pouvoir de se réincarner. Là où nos yeux occidentaux ne connaissent qu’une vision aseptisée de la mort, ici elle se fond dans le décor, embaume le ciel, fait vivre de nombreuses familles et marque le début d’un nouveau cycle, qui comme tout en Inde, a sa propre célébration.
Equivalent funèbre de la fête des couleurs, le Masaan Holi vient quant à lui faire danser les cendres des buchers de crémation. Partagée entre l’excitation et la peur raisonnée de côtoyer la mort de trop près avec
@wandereraryan @kerouredan et
@chris__toris nous nous sommes pressés sur les ghats, garantis d’en revenir bousculés.
Frustrée de devoir rester en dehors de ce bouillon d’énergies, c’est avec l’envie de renouer avec mon instinct de “journaliste” que je me suis frayée un chemin au coeur de cette foule sonore, compacte et masculine. Pieds nus, unique femme intentionnellement fondue au milieu de ce bain impénétrable de flammes et d’hommes, j’ai occulté les mains pour mieux me concentrer sur mes images. Accordée au pouls de l’unité, transcendée par les roulements des tambours, comme protégée par mon appareil, j’ai fait le choix de supporter que mon intimité soit touchée pour réaliser ce reportage, je ne saurais pas le décrire, je ne saurais pas l’expliquer, avec du recul j’ai du dégout pour ces gestes qu’en temps normal je condamne avec fermeté et malgré tout je ne regrette rien.
Blanchie de cendres, galvanisée, c’est sans faire de manière et avec l’impression (un peu vraie) d’avoir inhalé un défunt tout entier que je suis partie nettoyer mon nez, déballer mon appareil et découvrir mon butin. Ramener des images, en être fière, c’est bien, devoir la vérité à ceux qui les regardent, c’est mieux. C’est beau, puissant mais ça peut être dangereux !
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